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Actualités

Une fois de plus, Haïti est blessé ! Le tremblement de terre qui vient de toucher Haïti et plus particulièrement Port au Prince, plonge encore un peu plus dans la misère la population de l’Ile.

Les associations catholiques de solidarité se mobilisent, et invitent chacun d’entre nous à entrer en communion avec le peuple haïtien.

A l’heure du séisme, 2 volontaires DCC étaient en mission. Des nouvelles rassurantes nous sont rapidement parvenues (voir ci-contre). Odéric Delachenal, originaire de Seine-Maritime,  travaille dans un foyer de jeunes de Port-au-Prince, qui dépend d’une caritas paroissiale. Julie Roze, originaire de Marseille, se situe plus loin dans la capitale, à Jacmel, dans une école de musique.

La présence de volontaires DCC en Haïti est ancienne et féconde. Elle est venue appuyer l’action inlassable des Pères de St Jacques en direction des plus démunis, et les efforts de l’Eglise d’Haïti pour la formation et l’éducation.

Nous vous invitons, notamment auprès des pères de St Jacques, à soutenir l’Eglise et le peuple d’Haïti. 

Sites des Pères de St Jacques: http://www.missionnaires-st-jacques.org/

La CROIX, Samedi 6 et dimanche 7 mars - Haïti, Odéric Delachenal

Jacmel - Julie Roze, 1er février 2010
Bonjour!

Voilà, je n'envoyais plus de mails car je travaillais pour le petit journal de CROSE ! (Coordination régionale des organisations du Sud-Est)..

Je vous l'envoie à tous car je pense que c'est important d'avoir un autre son de cloche que ce que vous pouvez voir ou lire d'Haïti depuis l'Europe.

Il s'agit donc d'un journal local qui sert surtout pour la population et les partenaires de CROSE, pour expliquer ce que CROSE fait avec l'aide qu'elle reçoit.

Mais du coup ça permet aussi de voir ce qui se passe ici et comment les gens s'organisent.

Depuis une dizaine de jours la vie reprend, les gens vont à l'église le dimanche (ils y vont même plus qu'avant), certains magasins sont ouverts, on parle de rouvrir les écoles le mois prochain, dans la mesure du possible... hier je suis allée à la plage à Raymond les Bains, un lieu apprécié le dimanche au bord de la mer, je pensais que j'allais être la seule mais pas du tout, la plage était à moitié pleine.

Il y a de plus en plus d'internationaux à Jacmel, des espagnols, des allemands, des cubains,des suisses, sans oublier les militaires canadiens qui ne sortent jamais sans leur uniforme de camouflage ce qui fait qu'ils ne sont plus du tout camouflés....ça donne une atmosphère particulière, avec les décombres en plus, c'est comme si c'était un lendemain de guerre dans un pays sous occupation internationale.

Sinon, en ce qui concerne l'aide, c'est toujours le bazar le plus complet. Il n'y a toujours pas de coordination forte.. Le PAM distribue des plats chauds dans les camps de sans-abris, et puis ils distribuent aussi dans les quartiers, mais ils le font une fois par semaine ou tous les dix jours, du coup ça sert pas à grand chose finalement.

Le problème aussi c'est qu'il y avait déjà des gens en situation de précarité avant le séisme, donc là... Il y a un gros besoin d'aliments, mais en fait très peu de système de distribution clair et organisé, qui réponde vraiment à la demande, au moins sur le moyen terme...
Et puis la question qu'on se pose c'est: où va donc tout cet argent amassé de par le monde depuis trois semaines?

Sinon moi-même je suis revenue dans mon quartier; avec mes deux autres colocataires on dort dans sous la tente dans la cour de la voisine.

La plupart des gens dort encore dans la rue. Il y a beaucoup de maisons qui n'ont rien apparamment mais qui sont fissurées, et puis les gens ont peur de dormir à l'intérieur maintenant!

Allez, je vous laisse avec le bulletin de CROSE,

A bientôt!

Julie.

Lire le bulletin

Les organisations catholiques d’une seule voix - 15 janvier

Pour la première fois, douze mouvements et services de l’Eglise catholique en France lancent, avec la Conférence des évêques, un appel commun à relayer fortement dès les célébrations des samedi 16 et dimanche 17 janvier 2010.

 

Dans le sillage de Monseigneur François Garnier (Vice président de la DCC) et de Monseigneur Stenger qui appellent à la prière et au partage, douze associations, mouvements et services de l’Eglise catholique invitent à l’Espérance, à l’engagement, à la solidarité et à la prière.

 

Concernés ou non par la tragédie haïtienne, tous ces organismes s’unissent selon leurs missions et leurs charismes pour renforcer le message et soutenir la voix de l’Eglise en France, pour donner à voir la vitalité des acteurs de la Charité. Nous souhaitons que le texte suivant soit lu dans toutes les paroisses de France, relayé sur les sites des organismes et des médias chrétiens.

 

“Avec les évêques de France, les associations, mouvements et services présents dans les diocèses et paroisses de l’Eglise en France appellent d’une seule voix à prier pour les Haïtiens.

Des millions de personnes sont aujourd’hui dans la détresse ; prions pour qu’elles trouvent un réconfort matériel et moral au cœur de leur misère, une lueur d’espérance.

 

En Haïti, des centaines de milliers de personnes sont soutenues depuis des années, à travers des programmes menés par ces organismes d’Eglise.

Plusieurs milliers d’hommes et de femmes y sont aussi engagés au nom de leur foi auprès des plus pauvres. La présence et l’engagement de l’Eglise en Haïti constituent un signe concret et vivant de l’action des chrétiens. D’abord au plus près des populations, toujours dans la durée, porteurs d’espérance.

 

Au cœur de nos communautés, ces organismes de l’Eglise de France sont ainsi les témoins de l’actualité des valeurs de l’Evangile.

Associez-vous par la prière et par le don à leur mission.”

 

Conférence des évêques de France

Secours catholique

CCFD Terre solidaire

Aide à l’Eglise en détresse

Délégation catholique pour la coopération

Société de Saint-Vincent-de-Paul

OEuvre d’Orient

OEuvres pontificales missionnaires

Scouts et guides de France

Ordre de Malte France

Les Guides et scouts d’Europe

Pax Christi

Les Scouts unitaires de France

Bulletin d'information des enfants du Foyer Caritas St Antoine - 26 janvier

> Notre groupe, en compagnie du Frere Michel 

BULLETIN N°1
Mardi 26 janvier 2010
Bonjour,
Nous sommes un groupe de 15 enfants haïtiens entre 8 et 14 ans. En rupture avec notre famille, nous suivions depuis le mois de septembre 2009 un programme de réinsertion familiale au sein du Foyer Caritas de la  paroisse St Antoine.
 
Il y a tout juste deux semaines, le mardi 12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7,3 a frappé notre pays Haïti, et plus particulièrement notre ville Port-au-Prince. Il était entre 16h et 17h lorsque nous avons senti la terre trembler. Par chance nous étions tous en train de jouer dans la cour du foyer avec Jimmy, notre animateur. Odéric et Micheler travaillaient également dans le bureau.
 
Toutes les maisons autour de nous se sont effondrées, mais par chance, le foyer a tenu bon et aucun d’entre nous n’a été blessé. Le bâtiment était tout de même fissuré et menaçait de tomber. Dès que possible, nous avons donc quitté le quartier pour aller nous réfugier à la maison des Pères de St Jacques, rue Lafleur Ducheine. Plusieurs membres de l’équipe de la Caritas St Antoine et leur famille nous ont rejoints le soir et le lendemain car ils n’avaient plus nulle part ou dormir.
Nous avons passé ainsi 3 jours et 3 nuits dans la cour de Lafleur Ducheine, avec beaucoup de pères, de séminaristes, de voisins, dont certains gravement blessés. La terre continuait de trembler régulièrement.
Nous avions peur et faim.
 
Vendredi 15 janvier, les frères dominicains sont venus nous chercher en camion pour nous emmener chez eux, au Morne St Benoît, en dehors de Port-au-Prince. Sur le chemin, nous avons été bouleversés de découvrir notre ville dans un tel état. La vision des corps sur le trottoir et leur odeur nous ont beaucoup marqués.
Nous sommes donc au Morne depuis 10 jours avec Jimmy,Micheler, Pénélope et Odéric. Nous sommes en sécurité. Nous nous remettons doucement de toutes ces émotions. La vie s’organise.
 
Chaque enfant participe aux tâches de la maison (préparer les repas, faire le ménage, laver nos vêtements…). Mais on n’oublie pas de jouer, de chanter... Notre quotidien prend des airs de camp de vacances, même si certains d’entre nous sont assez inquiets pour leur famille, dont ils n’ont pas de nouvelles…
 
Hier, les animateurs nous ont réunis pour parler avec nous. A partir de la semaine prochaine, nous allons commencer à quitter le Morne St Benoît pour être réinsérés dans nos familles respectives. M. Lamy et M. Jecrois, restés à Port-au-Prince ont déjà commencé à contacter nos parents. Nous avons hâte de les retrouver !
Nous vous donnerons des nouvelles régulièrement via ce bulletin.
 
Les enfants de la Caritas St Antoine et les adultes qui les accompagnent tiennent à remercier tout particulièrement les pères André Siohan et André Le Barzic pour leur accueil à Lafleur Ducheine, ainsi que la communauté des frères bénédictins du Morne St Benoît pour leur accueil ici.
 
Les enfants de la Caritas St Antoine et leurs accompagnateurs.

Homélie de l’abbé Alain Michel, prêtre haïtien - 24 janvier

Homélie de l’abbé Alain Michel, du diocèse de Port-au-Prince, envoyé en formation à Lille par Mgr Joseph-Serge Miot, lors de la messe célébrée pour les victimes du séisme à Haïti, à la cathédrale Notre-Dame de la Treille, dimanche 24 janvier 2010.

“Leglizse nou, nou se Legliz”

"Mes frères, mes sœurs : chers amis dans le Christ, nous nous rassemblons dans notre église mère, la cathédrale Notre-Dame de la Treille, à l’occasion du troisième dimanche du temps de l’Eglise et en cette semaine de l’unité chrétienne, pour offrir ensemble la prière, en communion avec Haïti qui est plongée dans les vallées de l’ombre, du deuil et de la mort, suite à un séisme dévastateur dont le bilan provisoire s’élève déjà à deux cent mille victimes.

 

Par la célébration de l’eucharistie, sacrement de l’espérance par excellence, coeur de notre vie chrétienne et de toute la mission de l’Eglise, nous voulons prier pour nous réconforter dans la foi, pour confier les victimes à la miséricorde du Père, et pour nous solidariser avec les rescapés. Nous laissant éclairer par la lumière de l’Evangile, Parole vivante, sur l’énigme de ce malheur sans nom qui frappe Haïti, l’un des pays les plus pauvres de la planète, nous avons médité la liturgie du jour qui concerne fortement nos comportements chrétiens. Car l’axe autour duquel elle gravite met en pleine lumière le programme prophétique de Jésus, Fils de Dieu, le Messie, l’unique Sauveur des hommes.

 

Forts de cela, les chrétiens de Haïti, en dépit de l’effondrement de maints édifices sacrés, continuent aujourd’hui encore à se rassembler dans des églises à ciel ouvert pour louer le nom du Seigneur, ayant vivement conscience que le haut lieu de la rencontre de l’homme avec le Verbe incarné demeure l’homme lui-même, tel que cela ressort de ce beau chant créole : “Legliz se nou, nou se Legliz”.

 

En effet, le programme messianique de Jésus n’est rien d’autre que Bonne Nouvelle pour tous les hommes de bonne volonté. Bonne nouvelle pour le monde, bonnenouvelle pour Haïti aujourd’hui ensevelie, et de fait, celle de sa restauration future. Cette bonne nouvelle, c’est la libération : celle des anawim, des pauvres, des innocents, des malheureux, des victimes de tout genre, des sans-abris, des laissés-pour-compte, des assoiffés et des affamés.

 

Jésus présente sa mission future comme une mission prophétique : il est prophète, il est envoyé de Dieu pour parler en son nom, pour dire son message. Oui, le message qu’apporte Jésus est porteur d’espérance ! Car “il est temps que les pauvres d’aujourd’hui, et en particulier ceux de Haïti, se reprennent à espérer”, selon le mot de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II de regrettée mémoire, lors de sa visite en Haïti en mars 1983.

 

Haïti, qu’on appelait jadis la Perle des Antilles”, a connu dans son parcours de peuple des déficits historiques qui ont terni son passé glorieux. Au-delà des secousses politiques qui l’ont fait vaciller dans des situations d’instabilité et de fragilité, depuis un certain nombre d’années, des vagues successives de catastrophes naturelles se sont abattues sur elle, notamment l’ouragan Jeanne en 2004, quatre ouragans avec inondations en 2008, et maintenant un tremblement de terre, survenu le 12 janvier 2010, qui a tout ravagé.

 

A la suite de ce séisme majeur, le chagrin nous submerge aujourd’hui puisqu’il plonge Haïti dans une nuit obscure et dans un chaos sans issue immédiate. Nous sommes sous le choc de sa mort et de son deuil. Car vous avez vu les images épouvantables qui vous sont parvenues par Internet ou la télévision. Ce que vit le peuple haïtien est affreux et très douloureux. A l’instar de Jésus, ce peuple dont je fais partie paraît comme une nation anéantie, presque effacée, abaissée dans une forme de vie très humiliante, “n’ayant pas une pierre pour poser sa tête”.

 

Alors, dans l’excès de notre peine, nous ne comprenons pas, nous sommes assaillis de doutes et de questions auxquelles nous ne trouvons pas de réponse : pourquoi ? Pourquoi est-elle balayée, Haïti où la pauvreté battait son plein depuis longtemps déjà ? C’est cette misère atroce qu’a vigoureusement dénoncée Mgr Joseph-Serge Miot, mon archevêque, décédé dans le séisme qui a détruit aussi la cathédrale et la demeure épiscopale. Pourquoi Haïti ? Nous sommes troublés et émus par cette tragédie qui l’enterre.

 

Aujourd’hui, en Haïti, nous sommes comme Marie et Marthe dans l’Evangile, et notre foi est mise à l’épreuve. A l’instar de la famille de Lazare, nous pensons peut-être nous aussi : Dieu ne pouvait-il pas empêcher la mort d’Haïti ? Voilà pourquoi le texte de l’évangile de ce dimanche, que nous venons d’entendre, nous rejoint dans notre souffrance. Nous pourrions passer complètement à côté de la bonne nouvelle de ce jour si nous ne découvrions pas que cet évangile s’adresse aujourd’hui à Haïti, au monde, et à nous tous qui partageons la douleur de ce peuple. Jésus part nous refaire la force et le courage. Il est pour tous.

Rédempteur du genre humain, Jésus dit particulièrement à ce peuple écrasé : “Haïtiens, soyez forts, prenez courage”. Haïti resurgira de cette catastrophe, moyennant ses engagements et sa solidarité de peuple responsable soutenu par la communauté internationale.

 

Oui, nous, peuple haïtien, nous sommes forts dans la foi. Nous étions en train de nous prendre en main et de progresser. Et nous tenterons encore, coûte que coûte, de continuer.

Haïti se relèvera, malgré tout, avec l’aide accrue d’une grande mobilisation internationale accompagnée d’un mouvement de solidarité massive, constante et durable de chacun.

L’Evangile nous a montré la relation intime de Jésus avec son Père, et Jésus dans sa mission au milieu des hommes. Puissions-nous trouver dans l’eucharistie et notre communion avec Dieu, l’élan missionnaire qui doit nous porter au service solidaire de nos frères !

Amen.

 

Père Alain Michel "

Jacmel - Julie Roze, 22 janvier 2010

> Julie Roze - Volontaire DCC à Jacmel 

Je reçois toujours des demandes de nouvelles même 10 jours après, alors je vais essayer de résumer la situation...

Les gens commencent à s'énerver car les banques ne sont toujours pas ouvertes et ils ne voient toujours pas la couleur de l'aide qui semble acheminée par hélicoptère et bateau depuis trois jours maintenant. Le PAM, Programme Alimentaire Mondial, ferme soigneusement ses portes. Je suis entrée en début de semaine sans aucune difficulté, j'ai donné des contacts de volontaires potentiels à une employée chargée de réunir des équipes. Non seulement elle ne les a jamais contactés mais en plus maintenant le PAM refuse l'entrée aux haïtiens; un prof qui est en même temps directeur d'asso et donc pourrait rassembler pas mal de monde pour aider, s'est fait refouler à l'entrée. Ce matin il y a eu une grosse manifestation devant le portail de cette ONG. (Et les Jacméliens sont plutôt pacifistes en temps normal, c'est rare qu'il y ait des manifs).

En fait, au niveau de l'aide, depuis dix jours, rien ne se passe ou quasi rien. Pour le PAM, une ONG qui a pignon sur rue, dont la porte-parole est invitée aux journaux télévisés; qui est présente à Jacmel depuis des mois avant le séisme, c'est à se demander ce qu'ils foutent. La Minustah et l'armée canadienne fraichement arrivée ne servent pas à acheminer l'aide. Ils ne sont pas là pour ça. Pourquoi ils sont là, ça c'est une autre question mais du coup on se la pose.

Tout à l'heure j'ai un peu discuté avec des gars de Médecin du Monde espagnol qui sont là depuis deux jours.. Pour eux c'est le bordel. Il n'y a pas de coordination dans l'aide.  La coopération espagnole, représentée par une petite poignée de personnes, dont Alex, un suisse, et Ernan, se débrouille comme elle peut... ça veut dire que jusqu'à présent Alex et Ernan, qui sont tous deux au bord du craquage nerveux, déchargeaient les bateaux tous seuls et allaient dans la rue pour "pêcher" des volontaires, des voitures, des camions... Pratique. Pendant ce temps, les agents de la Minustah sillonnent la ville avec leur pickup flanqué d'un gros "UN" noir.

Il y a tellement d'hélicos qui atterrissent et décollent qu'on se croirait dans un pays en guerre.

La responsable de la croix rouge a décrété que ses médecins ne pouvaient prodiguer de soins sans mettre les blessés sous tente (actuellement ils sont à l'air libre, en pleine chaleur). Voilà. Pas de tente, pas de soins.

Il y a sans doute une logique dans les actions de toutes ces ONG et institutions mais comment dire on a un peu du mal à la voir.

Les Etats-Unis ont pris le contrôle du pays, personne n'est dupe là-dessus, quant à ce que ça va amener...

CROSE, la coopération régionale des organisations du Sud Est en Haïti, répertorie les sinistrés, veut reconstruire plus solidement et en profiter pourmettre des toilettes dignes de ce nom dans les maisons, veut impliquer la population dans l'assistance faite aux victimes, veut encourager la formation de comités de quartiers (qui s'organisent spontanément vu que tout le monde vit dans la rue). C'est beau mais c'est tellement beau, on a presque du mal à y croire. Au fait leur correspondant en France c'est AVSF, (Agriculteurs etvétérinaires sans frontières).

Sinon on a chiffré ce matin les besoins de l'école de musique... C'est du lourd. Si vous ne savez pas quoi faire de vos euros, si vous connaissez une école de musique ou un conservatoire dont le responsable serait ému par Haïti... J'en cherche!!

Bonne nuit à tous! Aujourd'hui encore il y a eu une secousse forte mais très brève, ah ça commence à devenir un peu stressant hein! En plus il parait que ça peut revenir régulièrement pendant dix ans!!

Julie.

Dante Montferrer, Délégué Général de France Volontaires, 22 janvier 2010

 

"Après de longs jours d’incertitude, l’espoir n’est plus de mise et la dure réalité s’impose à nous, Jean-Christophe Fernandes, enseveli sous les décombres de son immeuble à Port au Prince lors du séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier, est disparu.

Fin 2008, Jean-Christophe partait avec l’AFVP sur un programme de compostage des déchets porté par le CEFREPADE, une association francophone d’environnement et d’assainissement, avec le soutien de l’ADEME etde l’université Kiskeya de Port au Prince.

Jean-Christophe vivait pleinement son engagement de volontaire auprès de nos amis haïtiens et jouait un rôle important au sein de la communauté des volontaires. Tous ceux qui l’ont rencontré ont été marqués par sa chaleureuse et vivifiante présence.

A sa famille sa compagne, ses amis, les volontaires d’Haïti, les partenaires en France et en Haïti, ses professeurs et camarades de promotion notre amitié, notre soutien et notre compassion, nous partageons et nous associons à leur peine.

Dante MONFERRER - Délégué général"

Louinès Plaisir, Père de Saint Jacques, 22 janvier 2010

Chers frères et sœurs,

 

Vous avez tous pu regarder les images dans les médias, montrant le désastre incroyable survenu en Haïti ces derniers jours. Le nombre de morts et de blessés est considérable. Parmi nos confrères Saint-Jacques, les plus touchés sont les séminaristes qui étaient en cours, plusieurs sont blessés et l’un d’entre eux est décédé. Quatre membres de ma famille  sont sous les décombres et d'autres sont  en grande souffrance et victimes d’une façon ou d’une autre de ce terrible événement meurtrier.

 

J’ai été vraiment très touché pour le nombre si important de messages de soutien et d’appels téléphoniques des amis et paroissiens de SUCY-NOISEAU-ORMESSON-CHENNEVIERRE. J’en suis très reconnaissant.

 

Beaucoup me demandent, Comment peut-on aider concrètement les victimes en Haïti ? Il y a beaucoup d’associations comme Secours Catholique, CCFD qui recueillent des fonds pour répondre à l’aide d’urgence en Haïti en ce moment. Mais la Société des Prêtres de St-Jacques, à laquelle j’appartiens recueille les dons des amis pour répondre aux besoins les plus urgents et immédiats des familles des communautés dans lesquelles œuvrent les missionnaires de St-Jacques en Haïti. Vous pouvez adresser votre don à l’ordre de : Procure Saint-Jacques. Vous pouvez aussi consulter le site web : www.missionnaires-st-jacques.org qui vous donnera une idée des actions des Pères de St-Jacques sur le terrain.

 

Merci pour votre solidarité, votre amitié et vos prières. Les Haïtiens sont très sensibles à cette immense générosité à leur égard aux encouragements multiples et divers.

 

Une messe sera célébrée à la Cathédrale de Créteil vendredi 22 Janvier à 19H par Mgr Michel SANTIER aux intentions et en union des milliers de femmes et d’hommes haïtiens qui sont dans la souffrance aujourd’hui. Qu’ils trouvent un réconfort matériel et moral au cœur de leur détresse et, qu’apparaisse pour eux une lueur d’espérance et d’avenir.

 

Avec ma profonde gratitude !

 

Père Louinès Plaisir

Georgino RAMEAU, Père de Saint-Jacques en Haïti, Partenaire DCC, 16 janvier

Bien le bonjour à vous.

Nous voici au cinquième jour du séisme en Haïti. Quelle est ma vision de la réalité ?

Depuis hier les secousses se font sentir de moins en moins, même si, la population est encore très inquiète et sur le choc. Et les trois à quatre dernières répliques n'étaient pas pour apaiser les personnes lourdement meurtries. Mais, je crois que nous allons vers la fin des secousses, du moins je l'espère.

L'étendu des dégâts à Port-au-Prince est catastrophique, mais il semble que c'est Léogane une autre ville importante de 100.000 à 200.000 personnes qui soit la plus touchée, donc, à comparer avec Port-au-Prince, c'est une ville détruite.

Je confirme bien que seule l'Eglise de Saint Pierre à Pétion-Ville soit encore debout. Les photos envoyées en pièces jointes peuvent confirmer s'il en était besoin.

Les grosses maisons sont celles qui sont les plus touchées… la plupart d'entre elles sont littéralement aplaties…

Toutefois, en considérant bien les zones que j'ai pu visiter à pied ou en voiture… la commune de Carrefour est moins touchée par rapport au centre-ville. Et Pétion-Ville a été plus ou moins épargnée.

Le problème majeur aujourd'hui, c'est la désolation et la panique des gens…

Toutefois, quelque chose de positif, c'est que les aides sont en train d'être acheminées vers les gens. Un nombre important des troupes militaires envoyées par les Etats-Unis est présent sur le terrain. Beaucoup d'hélicoptères sont en train de survoler les différentes zones de la capitale et acheminer les aides. Des techniciens internationaux sont en pleine œuvre… Cette matinée, des équipes de l'ONU travaillaient au niveau du palais national et de la Cathédrale de Port-au-Prince. C'est un rayon d'espoir qui se lit dans le regard des gens. Mais l'on doit malheureusement regretter l'attroupement de personnes autour des techniciens. Ce qui n'arrange pas toujours les affaires…

Du côté du gouvernement haïtien, peu de communications. On croit savoir que beaucoup de membres du gouvernement sont morts. On n'entend point parler des parlementaires.

Toutefois, certaines institutions comme la CNE (Centre National des Equipements) font un excellent travail pour déblayer les rues et les voix… ou pour apporter les premiers soins à la population. Certains centres hospitaliers recommencent à travailler, avec l'aide d'appréciables bénévoles.

Il reste le problème épineux des cadavres. Beaucoup ont été ramassés, il est vrai surtout sur les grands axes routiers. Le président de la République parle de 50.000  orps ramassés. Toutefois, lors de ma visite ce matin au Centre-ville, beaucoup d'odeurs révèlent la présence de cadavres non ramassés. Même que j'en ai vu un nombre important. On craint que cette situation dure encore un peu. Car les dégâts sont importants… et le pays n'est pas équipé pour faire face à cette catastrophe sans pareil.

Pour l'instant, on trouve encore des provisions à acheter dans les marchés publics. C'est un soulagement. Toutefois, nous savons qu'il n'est pas donné à tout le monde de disposer de devises. Je n'ai pas vu de banques ouvertes, et donc les maisons de transfert ne fonctionnent pas. Ainsi, les aides des particuliers – qui ont toujours représenté une part importante dans l'économie nationale – n'arrivent plus. Il faut se débrouiller comme on peut. Et les bandits ou les personnes sans scrupules ou désemparées n'hésitent pas à s'attaquer à la population…

Les policiers sont quasiment absents. Donc là aussi, il y a de fortes inquiétudes… On attend l'arrivée de Hilary Clinton et du Secrétaire général de l'ONU pour voir ce qui va être décidé avec le président de la République qui, dans le dernier discours entendu de lui, laissait bien entendre son désarroi à ne pas avoir de solutions ou de perspectives pour faire face à la crise…

Il y a beaucoup de gens dans les rues, comme vous pouvez vous en rendre compte. Mais, il y a beaucoup de gens qui retrouvent aussi les villes de Provinces qui n'ont pas été touchées ou très peu touchées..

Je me suis rendu dans le département du Centre – à Hinche – dans la région de Mirebalais où je suis allé conduire des malades au centre hospitalier de Cange. Il y a très très peu de dégâts ! Dieu merci ! Des villes comme Jérémie, les Cayes, Cap-Haïtien… ne sont pas touchées…

Pour le moment présent, seule RFI nous permet d'avoir des infos… malheureusement, les mises à jour sont lentes, car la situation évolue plus rapidement qu'on ne peut le penser. Il faudra que rapidement, le président et son gouvernement puissent mettre en place des moyens pour informer le peuple et ainsi l'aider à prendre confiance. Car l'aide massive qui arrive au pays doit avoir un impact puissantet immédiat sur la population. Sinon, on risque de nous trouver confrontés à de terribles réactions.

Ce besoin d'info se fait encore plus pressant quand on sait que les compagnies de téléphonie n'arrivent pas à fournir le service attendu…

En écoutant la réflexion de différentes personnes, il y a une aspiration à voir de cette crise l'occasion ultime de faire de Haïti un pays neuf. Peut-être qu'il est venu le temps pour que se lève un vrai chef qui saura conduire ce peuple vers quelque chose d'autre que deux cents ans d'histoire n'ont permis de réaliser…

Pour finir, je crois sentir dans la population la volonté de ne pas se laisser aller. Cette espérance-là est sans aucun doute soutenue par cette solidarité spontanée manifestée par le monde entier. Je ne saurais oublier ces citoyens de la République Dominicaine qui sont venus dès les premières heures apporter leur aide aux compatriotes haïtiens, et tous les autres aussi.

Beaucoup de messages de solidarité et beaucoup d'aide nous arrivent aussi de France. Et nous ne pouvons oublier nos voisins les plus proches comme les Etats-Unis… et les privés comme le Père Ménard Supérieur des Prêtres de Saint-Jacques à Landivisiau, dans le Finistère se tient continuellement en contact avec nous malgré les difficultés rencontrées pour communiquer. Toute la communication avec la France passe par internet : mails et téléphonie via internet. Toute cette solidarité marque positivement la population. L'occasion pour moi de commencer à leur dire ma reconnaissance et celle de tout le peuple haïtien.

Les citoyens français que nous sommes, attendent des directives de notre ambassade à Port-au-Prince, elle-même victime aussi du séisme.

Lors de ma prochaine communication, j'essaierai d'avoir un peu plus d'infos concernant les membres du clergé.

Georgino Rameau, prêtre de Saint-Jacques, Fontamara 47 – Port-au-Prince.

André Siohan, correspondant et partenaire DCC en Haïti, 19 janvier 2010

Bonjour,
 
Je suis de retour à Port au Prince après les obsèques d'Adoni Bien Aimé, séminariste de St Jacques, décédé des suites de ses blessures. Il a eu un bel enterrement et nous réalisons l'importance de ce que nous avons vécu car plus de 80000 victimes n'ont pas eu cette chance : elles reposent dans des fosses communes.
A Lafleur Ducheine, la cour s'est vidée : on a évacué les blessés sur Cange où  2 sont toujours hospitalisées: dimanche, un séminariste Bell a perdu son bras gauche et on craint pour la jambe d'un autre séminariste Brice.
L'hopital de Change à 4 heures de Port-au-Prince a reçu 384 blessés jeudi dernier, tous étaient des victimes du séisme. la chapelle est devenue une salle de soins !
Odéric est avec les enfants de la Caritas chez les moines. je lui ai posé la question de l'évacuation car les volontaires Fidesco et SCD sont partis. Il a décidé de rester avec le groupe tant qu'il serait utile. Cela nous soulage car il est très efficace.
St Antoine est très touché : l'ensemble des bâtiments est très touché. le Père Michel se démène pour ravitailler les centres de regroupement sur la paroisse :il y en aurait 300 dans la ville.
L'aide arrive à la maison régionale et elle est ensuite dispatchée à partir de chez nous.
je vous laisse.
André

Jacmel - Julie Roze, 19 janvier 2010

> Julie Roze - Volontaire DCC à Jacmel 

Les secours arrivent!! Ca y est ça commence!!

D'abord je tiens beaucoup à dire qu'à Jacmel les gens et les jeunes en particulier cherchent à se mobiliser. Depuis avant-hier je vais travailler à Kros, un mouvement social haïtien, basé dans le sud-est, qui fait d'habitude de petites actions locales pour l'agriculture et autres problématiques quotidiennes. Il y a plein de jeunes qui passent par là. D'ailleurs une espagnole de passage qui travaille pour solidaridad Internacional, a fait un film sur ce qui s'est passé à Jacmel, où elle a voulu montrer qu'il y avait un milieu associatif ici. Si ça peut intéresser les médias français, voilà son contact: Maria Sande, msande@solidaridad.org ou mariasande@hotmail.com

Il y a aussi le cine institute de Jacmel qui fait des films d'information pour CNN. On peut facilement trouver leur contact sur google. Sinon ils travaillent à côté de Kros donc je peux leur demander une info en particulier ou établir un contact.

Hier j'ai croisé un gars que je connais un peu, un suisse qui travaille pour la coopération espagnole à Jacmel. Depuis le drame avec ses collègues il s'occupe de trouver des fonds en Espagne. Avant-hier il pleuvait, il était en réunion avec la Minustahqui se posait la question d'abriter les malades de l'hôpital St Michel (qui sont tous dans la cour vu qu'il n'y a plus d'hôpital), mais en fait aucun n'avait de voiture appropriée pour les transporter dans un autre endroit.Voilà, c'est ce genre de problèmes d'organisation qui règne...

Aujourd'hui avec trois de mes collègues de l'école de musique, on est allés à Kros dans une réunion pour offrir aux enfants des activités psychosociales, bon il y a plus urgent mais c'est vrai que beaucoup d'enfants dorment dans les différents camps de la ville (improvisés ici où là sur des terrains de sports ou dans des centres religieux), et ils ne font rien de la journée, et vu que l'ambiance générale est plutôt mauvaise... C'est bien de prévoir des activités pour eux.

Et surtout, ce matin enfin! Un bateau est venu de St Domingue avec des médicaments. Une succession de petits avions atterrissent depuis ce matin, (la piste étant trop courte pour permettre à des gros avions de se poser.)

Hier un ami de l'école de musique (Alland) rejoignait un groupe d'étudiants pour se porter volontaires pour distribuer l'aide. Et là je reviens du PAM,(Programme Alimentaire Mondial), et oui c'est confirmé l'aide commence à arriver, ils vont avoir besoin de volontaires, ils ne demandent que ça.

J'ai aussi reçu le mail d'une jeune femme qui veut répertorier tous les jeunes scolarisés de la ville dans le but d'organiser des écoles sous les tentes ou dans d'autres bâtiments en attendant les reconstructions.

Voilà, ça fait tellement du bien de voir ça, les gens se bougent et s'organisent.

En ce qui concerne la France, je crois que la plupart des français en Haïti sont rapatriés. Quelques Français de Jacmel partent, dont la directrice de l'Alliance Française, vu que le bâtiment est endommagé et que pour l'instant il n'y a plus d'institut français ni même de service de coopération, a priori tout le personnel français est rapatrié. On parle de rouvrir l'Alliance seulement en septembre prochain!! Ça ce serait vraiment dommage car l'Alliance est très importante culturellement à Jacmel, elle offre un cinéma, un lieu de sortie le vendredi soir, des conférences etc.

Sinon la plupart des Français installés à Jacmel restent ici.

Cet après-midi je vais à l'école de musique, il va falloir l'expertiser mais le bâtiment a l'air bien solide. Je croise de temps en temps des élèves de l'école qui me demandent quand ça va rouvrir... ça aussi, ça fait du bien à entendre!

A bientôt pour d'autres nouvelles,

Julie.

Port au Prince - Odéric Delachenal, 17 janvier 2010

> Odéric Delachenal - Volontaire DCC à Port au Prince 

Bonjour,

 

La journée s'est bien passée. Les enfants sont adorables et très courageux. On commence à reparler un peu avec eux de ce qui s'est passé. Ils nous posent bien sûr beaucoup de questions sur ce qui va se passer ensuite.

On espère pouvoir organiser dès la semaine prochaine des sorties sur Port au Prince pour prendre des nouvelles des chacune de leurs familles.

 

Aujourd'hui, les frères sont allés en ville. Ils ont vu Père André et Père Le Barzic. Ils vont bien mais sont bien sûr très fatigués. Ils veillent sur la maison, il paraît qu'il y a de plus en plus de pillages en ville et qu'on entend souvent des coups de feu dans le centre ville... Les frères m'ont également dit qu'on commençait à voir des secours arriver, des pompiers antillais et autres...

 

Concernant le volet financier, nous allons effectivement avoir besoin de fonds, d'abord pour pouvoir procéder aux réinsertions qui pourraient débuter la semaine prochaine, puis plus tard pour reconstruire la paroisse et le foyer. Je vous dis cela comme je le conçois et de façon un peu unilatérale étant donné que, pour le moment, je n'ai pu me concerter ni avec mon directeur,Guito Je crois, ni avec Michel et André.

 

Merci encore pour votre soutien.

 

Odéric.

Jacmel - Julie Roze, 16 janvier 2010

> Julie Roze - Volontaire DCC à Jacmel 

Bonjour à tous,

 

Il y a maintenant quatre jours que le séisme a eu lieu et toujours pas de secours à Jacmel. C'est un peu cynique parce qu'on entend les hélicoptères tournoyer dans  le ciel depuis hier, donc on espérait un ravitaillement; eh bien non, c'est peut-être pour faire des photos?! La piste d'atterrissage a été évacuée donc normalement ils pourraient atterrir! Il y a beaucoup d'avions militaires, en fait merci mais c'est pas vraiment le plus urgent.

 

Moi je ne suis pas du tout à plaindre et plutôt à envier (bien logée et bien nourrie);mais maintenant ça fait quatre jours que tout le monde ici dort dans la rue à cause des maisons fragilisées ou carrément détruites, les gens sont fatigués, et déprimés à cause des mauvaises nouvelles qu'ils peuvent recevoir. Si en plus il n'y a même pas de secours franchement...

 

Cet après-midi j'ai été travailler à Kros, une ONG active à jacmel sur l'alimentation notamment. Beaucoup de jeunes volontaires sont allés offrir leur temps là-bas. Il s'agit juste de répertorier les familles sinistrées en vue d'une reconstruction. Donc on liste les gens sur Excel, par quartier, on dit si la maison est grosse, petite, si elle est "krazé net" ou en partie. Il faut le faire, après j'espère qu'il y aura une reconstruction!!

 

Le bas de la ville commence vraiment à se détériorer. Il y a encore beaucoup de cadavres sous les décombres. La mairie manque de s'écrouler alors le staff loge dans la bibliothèque municipale, en face. Deux employés que je connais un peu, qui travaillent d'habitude sur le jumelage avec Strasbourg, avouent être dépassés par la situation. Pas de machines pour déblayer (il y a une pelleteuse pourtant que je vois depuis quelques jours stationnée toujours au même endroit dans la ville mais eux n'en ont jamais entendu parler!), la coordination est très difficile, la Minustah est désorganisée... pas même une tente!!! (Celles du terrain d'aviation ont été enlevées, pour que les avions puissent atterrir, mais ils n'atterrissent pas finalement) et cette nuit il pleut!!

 

Et puis bien sûr, la catastrophe n'arrête pas le profit bien au contraire. Il y a des gens qui vendent les cadavres à Port au Prince. Ici les morgues se font pas mal d'argent, et certains produits se vendent plus cher qu'ils ne le sont d'habitude. Certains médecins ne se sentent pas du tout concernés par la situation; mon  voisin, pédiatre à la retraite, continue à jouer tranquillement de la guitare sur son balcon.

 

Tout de même, il y a quelques rares endroits où on peut trouver de l'eau potable au prix habituel. Le marché fonctionne toujours; mais jusqu'à quand?

Western Union est toujours fermée. L'hôpital ne ressemble à rien. Enfin c'est pas la joie. Malgré tout, certains pensent à l'avenir, à l'après. Il y a des gens qui n'ont rien eu ou qui ont été très peu touchés et ceux-là doivent garder un minimum d'espoir et de dynamisme! Une amie me disait ce matin qu'elle était lassée de cette vie (dormir dehors, vivre dans une ville dévastée, ne pas avoir d'activités...). Les choses doivent reprendre leur cours normal, et pour cela il va falloir beaucoup, beaucoup d'énergie et d'organisation.

 

Alors attention à la couverture médiatique qui apparemment parle surtout de l'aide internationale et des Etats Unis et pas tellement de leur efficacité respective. Non j'exagère c'est super qu'il y ait cette aide. Mais elle doit absolument servir concrètement et pas seulement dans l'urgence aussi sur le long terme! Donc ne pleurez pas devant la télé, mais essayez de penser à l'avenir d'Haïti, car si aujourd'hui ce pays est sous les projecteurs il y a de grandes chances qu'il ne le soit plus dans trois mois.

Jacmel - Julie Roze, 16 janvier 2010

> Julie Roze - Volontaire DCC à Jacmel 

Bonsoir,

Le deuxième père de St Jacques est en vie, il est parti à Inch d'après ce que m'a dit le père Jean-Michel.

Ca va bien pour moi, je suis chez Mr Borne, il y a un groupe électrogène donc on a l'électricité toute la journée. Pas un de mes proches ici n'est touché par la catastrophe. Voilà, donc mon moral est relativement bon pour le moment!

Les secours arrivent, on a entendu des hélicoptères toute la journée. Il y a toujours des problèmes à trouver de l'eau, mais la Minustah a une citerne au terrain d'aviation. Bref, à part le bas de la ville qui est vraiment très très touché, le reste ça va à peu près. La situation sanitaire risque de s'empirer mais si les secours arrivent...

Merci pour votre soutien ça fait du bien.

Je n'ai pas encore parlé avec Mr Valescot, mais avec un de mes collègues. Ca va être très difficile dans les jours qui viennent de faire tourner l'école de musique, car évidemment ce n'est pas la priorité; mais c'est quand même important qu'elle réouvre, pas tout de suite mais dans quelques semaines. La plupart des élèves de l'école (on ne sait pas encore pour tous) vont bien.

J'essaie de vous donner des nouvelles le plus vite possible, aujourd'hui la connexion internet était très difficile, ce soir ça va...

Port au Prince - Odéric Delachenal, 16 janvier 2010

> Odéric Delachenal - Volontaire DCC à Port au Prince 

Odéric Delachenal est parti à Port au Prince en décembre 2008 comme Volontaire de Solidarité Internationale. Sa mission: Animateur socio-éducatif et pastoral. Il va bien, et nous donne des nouvelles de Port au Prince.


Bonjour à tous, ici Odéric,  

Je suis depuis aujourd'hui chez les frères Bénédictins du Morne St Benoit, en province, où le séisme n'a pas fait de dégâts. Je suis avec mes 15 enfants, tous sains et saufs ainsi que 2 collègues haïtiens. On va passer une semaine ou deux ici. C’est un peu comme une colo mais qui n'était pas prévue !


Nous avons passé ces derniers jours dans la cour de Lafleur Ducheine, la maison des Pères de St jacques à Port au Prince. Les Pères et tout le personnel ont été formidables !


Pour l'heure nous sommes sains et saufs, mais l'avenir reste très incertain. La paroisse St Antoine a été complètement détruite. Le foyer Caritas ne s'est heureusement pas écroulé sur nous, mais le bâtiment est fissuré et il est inenvisageable d'y remettre les enfants. Le projet est donc actuellement en stand by pour plusieurs mois. Nous allons donc essayer de procéder a la réinsertion familiale des enfants plus tôt que prévu. Ca ne devrait pas poser de problèmes pour ceux qui viennent de province. Le plus dur, ca va être pour ceux de Port au Prince. On peut mettre très longtemps à retrouver la trace de leurs parents. Je n'ai pas de nouvelles des autres foyers d'enfants à Port au Prince, mais je suppose qu'ils sont dans la même situation que nous, donc on ne pourra pas non plus essayer de leur confier nos enfants.


En ce qui me concerne, je n'ai plus aucune affaire, à part mon ordi et les vêtements que je porte sur moi. Mais par chance toutes les personnes que je connais en Haïti sont saines et sauves. Pour moi, il est difficile d'abandonner les enfants dans un tel moment. De plus, j'ai un gros avantage sur mes collègues haïtiens : je n'ai pas à m'inquiéter pour ma famille ou mes proches, je ne suis pas en train de les rechercher ou de les pleurer. Donc j'essaye de continuer à veiller sur les enfants, en compagnie de deux de mes collègues qui font preuve de beaucoup de courage et de sang froid malgré une situation que je qualifierais de catastrophique.


Cela dit, je ne veux pas surestimer mes forces physiques et psychologiques. Je pense que je suis un peu secoué et surtout très fatigué. Mais je ne me sens pas de partir en laissant les enfants dans une telle situation. Je ne pense pas quitter le pays avant une ou deux semaines. Je réfléchis beaucoup. Malheureusement, je n'ai pas eu vraiment le temps de parler de tout cela avec André et Michel, qui avaient d'autres priorités (et moi aussi). Nous allons prendre un peu de repos cette semaine chez les frères, ce qui va aussi me laisser le temps de réfléchir a cette proposition.


Merci pour votre soutien. Je reçois beaucoup de messages de mes proches et cela me touche beaucoup.

Frères de l’Instruction chrétienne en Haïti, 15 janvier 2010

Frères d’Haïti - Essai de bilan – Jeudi 14 janvier - 2h pm

Voici quelques informations concernant les Frères de l’Instruction chrétienne enHaïti


Maison provinciale : la maison provinciale s’est complètement écroulée. Quatre Frères étaient présents. Trois se trouvaient au troisième étage sur la terrasse. Ils ont été projetés à terre. Fr. Joseph Bergot a reçu en plus une poutre : il est mort mercredi malgré son hospitalisation au Canapé-Vert.Fr. Rancourt a des douleurs très importantes aux jambes et au dos, peut-êtredes fractures. Fr. Fernand Doyon est presque indemne : une petite blessure au front. Fr. Rancourt et Fr. Fernand, tous deux Canadiens, sont maintenant à leur ambassade en attente d’être rapatriés dans leur pays. Fr. Dominique Baron se trouvait au rez-de-chaussée, de retour de son travail : la maison s’est écroulée sur lui ; il est toujours sous les décombres.


Noviciat : aucune victime, mais les murs du noviciat ont de grosses lézardes. Fr. Simon, maître des novices, cherche à les transférer ailleurs.


Juvénat : aucune victime. Les murs ont été lézardés. Le bâtiment du grand juvénat paraît très fragilisé et pourrait s’écrouler. Le Juvénat accueille plus de 2000 sans-abri sur son terrain.


École de Pétionville : ne semble pas avoir beaucoup souffert.


École Jean-Marie Guilloux : complètement écroulée.


Saint-Louis-de-Gonzague – rue du Centre : pas de victimes. Le bâtiment de la Procure et le bâtiment de la rue du centre sont écroulés. La résidence est très fragilisée. Je ne sais pas pour la chapelle et la bibliothèque haïtienne.


Saint-Louis-de-Gonzague – Delmas : pas de victimes. La résidence des Frères s’est écroulée. Dans les bâtiments des classes, portes, fenêtres et murs sont tombés. La structure pourrait avoir résisté. Nombreuses lézardes dans les autres bâtiments. Les terrains de l’école ont accueilli des centaines de sans-abris.


La Vallée : « A La Vallée, plusieurs petites maisons sont endommagées; elles n'étaient pas très solides. Aucun mort, ni de blessés graves. Notre communauté est fissurée par endroits. Nous accueillons sur notre cour une centaine de personnes tous les soirs.. » (Fr. Lamy Dessalines)


Jacmel : pas de victimes. La résidence des Frères est écroulée. Les Frères logent dans les classes.


Les autres communautés et écoles n’ont pas subi de dégâts et ne déplorent aucune victime : Saint-Marc – Le Cap – Ouanaminthe – Les Cayes


Nouvelles très partielles d’autres communautés

Archevêché :l’archevêque, Mgr Miot est décédé ainsi que Mgr Benoit


Séminaires : les deux locaux du Grand Séminaire (Turgeau et Cazeau) sont écroulés. Très nombreuses victimes parmi les séminaristes.


Les églises de la ville sont écroulées : Cathédrale, Ste-Anne, Sacré-Cœur, St-Louis roi de France.


Filles de Marie : les bâtiments du Bel-Air. Nombreuses victimes parmi les Sœurs.


Filles de la Sagesse : l’école du Sacré-Cœur s’est écroulée. Sr Jeannine est décédée


Frères du Sacré-Cœur : le Canado et le collège St-Jean sont écroulés. Je ne sais pas pour les Frères


Pères Oblats : la maison provinciale et le scolasticat sont écroulés. Probablement quelques victimes


Sœurs de Ste-Hyacinthe : l’école qui est auprès de La Mennais s’est écroulée ;  la maison provinciale (et de retraite) est coupée en deux morceaux.


Sœurs de St-Joseph de Cluny : Ste-Rose serait complètement écroulée. Pas de nouvelles concernant les Sœurs.

Jacmel - Julie Roze, 14 janvier 2010

> Julie Roze - Volontaire DCC à Jacmel 

Juste un petit mail pour dire que je vais bien, les Jacméliens sont toujours sous le choc, mais autour de moi je n'ai vu aucune explosion de colère ni aucun énervement. Tout le monde est très calme.

Je dors en ce moment chez le consul avec Marie qui n'est pas trop choquée, elle a pu en plus récupérer une partie de ses affaires. On est en sécurité. Sinon tout le monde dort dans la rue pour l'instant car il y a encore des secousses.

Maintenant j'ai un accès internet plus facile. J'ai vu quelques images de Port au Prince. Je vous rassure,  à Jacmel ce n'est quand même pas à ce point. C'est surtout le bas de la ville qui est très touché. Pour ceux qui connaissent, apparemment l'hôtel Florita n'a pas perdu sa façade mais l'intérieur est très endommagé, la Jacmélienne est debout mais avec des fissures, le manoir Alexandra est debout aussi mais avec des murs ouverts sur les côtés... L'hôpital est en partie détruit, le primaire d'Alcibiade s'est effondré.... en fait, la catastrophe serait survenue trois heures plus tôt, c’aurait été un drame d'une ampleur bien plus considérable. (Car la plupart des enfants finissent l'école à13/14 h).

Pour l'instant, des quelques français qui sont là et qui travaillent à Jacmel (on n’est pas très nombreux), personne ne pense au rapatriement. On verra par lasuite.

On apprend des nouvelles des uns et des autres au compte-goutte, c'est ça finalement le plus angoissant. Je suis avec ma voisine (Yanick) qui vient d'apprendre la mort d'un juriste très honnête et très investi, maître Rock Cadet...bon, ça va être comme ça ces jours-ci, on va apprendre des drames et des miracles...

J'ai cherché de l'eau ce matin et ça m'inquiète aussi! C’est très difficile à trouver! Pour ma maison, ça va il y a de quoi pour l'instant, mais pour la ville, ça va être un problème très rapidement. Tout le monde se rue sur l'essence... le marché fonctionne quand même…

Jacmel - Julie Roze, 13 janvier 2010

> Julie Roze - Volontaire DCC à Jacmel 

JulieRoze est partie à Jacmel en août 2009 comme Volontaire de Solidarité Internationale. Sa mission: Professeur de musique. Elle n'a heureusement pasété blessée par le tremblement de terre, et nous donne des nouvelles de Jacmel.
 
"Je vais bien et ma maison aussi. En fait je n’ai pas senti la secousse car j'étais dans un tap-tap à l'extérieur de la ville quand ça s'est produit. On a juste vu des bouts de roches sur la route et ensuite tout le monde sortir des maisons en criant. Plus on avançait sur Jacmel et plus on comprenait et réalisait ce qui se passait, c'était apocalyptique.

Il y a des maisons écrasées, des tas de gravas dans les rues; la ville ne ressemble plus à rien. En quelques secondes, plein de bâtiments ont été balayés. Deux écoles se sont écroulées.... sur des élèves...voilà....

Une grande partie de la ville est allée dormir sur le terrain d'atterrissage (qui ne sert plus) car c'est une surface plane éloignée de la mer (on craignait un tsunami); la Minustah (les soldats de l'ONU) étaient dépassés, je cherchais une infirmerie et un soldat m'a répondu que pour l'instant c'était le bazar, il y avait des problèmes de communications entre un sri-lankais et un je ne sais pas quoi, bon, ils ont mis quatre heures à monter deux tentes, enfin ça a pas l'air gagné pour avoir des secours!

L'autre française (Marie) est une miraculée, sa maison s'est écroulée avec elle a l'intérieur mais elle s'est accrochée à la fenêtre et a pu sortir vivante avec trois égratignures!

La route entre Jacmel et Port au Prince est coupée... Il parait qu’à Port au prince c'est terrible, vous devez être plus au courant que moi! Pour l'instant tout le monde est un peu hébété, sonné, on doit attendre la fin de la journée avant de faire quoi que ce soit, il peut y avoir d'autres toutes petites secousses. Alors on attend.

A part ça pour moi ça va très bien, ma maison est un peu endommagée derrière mais rien de catastrophique. Je suis avec Marie et d'autres français chez Mr Borne, le consul de la ville. Je pense n'avoir perdu aucun proche ici, après pour mes élèves je ne les ai pas tous revus évidemment alors je ne sais pas! Je crois que le plus dur reste à venir maintenant !

PS : Ombeline, Lucienne et Guyto vont bien, ils n'ont rien et leur maison est sur pieds."