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Allez par toute la terre, décembre 2007

Auteur : Christophe Roucou

 

Prêtre de la Mission de France, responsable du service des relations avec l’Islam, Chargé de mission pour l’Egypte Ses 10 années en Egypte, son expérience à la Mission de France, ses responsabilités au service des relations avec l’Islam, font du père Christophe Roucou, un spécialiste du dialogue interreligieux et du débat sur la mission.

C’est néanmoins avec une grande simplicité qu’il s’est plié à nos questions lors de son passage dans nos locaux. Avec lui, laissons-nous envoyer.

 

 

De but en blanc, si je vous dis missionnaire, vous me dites…

Homme qui quitte tout, part loin pour porter l’Evangile, annoncer une Parole. Cela fait un peu image d’Epinal, je l’avoue. Et dans notre société sécularisée, cette image est connotée négativement. Poser une parole, affirmer une conviction religieuse relève du prosélytisme. La tolérance est la norme.

 

Pour être missionnaire, il faut être intolérant en quelque sorte ?

La tolérance au sens strict, c’est la juxtaposition des convictions. C’est une forme d’indifférence : tu penses ce que tu penses et cela ne m’intéresse pas, moi, je pense ce que je pense. On évite le conflit, Dieu soit loué, mais on évite aussi le partage, l’échange. Nous devons pouvoir échanger sur nos raisons de vivre, nos espérances. Le missionnaire témoigne que la rencontre est possible, non pas malgré les différences, mais à travers les différences. La différence n’est pas un absolu qui cloisonne et divise.

 

Pour mettre tout le monde d’accord, prenons un autre mot…

Pourquoi ? L’Etat lui-même l’utilise : j’ai rencontré des chargés de mission voir des « missionnaires » dans les centres culturels français en Egypte. Alors que moi, arrivé comme prêtre, je n’ai pas senti la nécessité de me présenter comme missionnaire.

Paradoxe… Le mot est-il utile ? Oui si on revient à son sens premier : être envoyé. En tant que chrétien, je suis envoyé pour vivre la rencontre.

 

Envoyé par qui ?

Envoyé par l’Eglise. Etre envoyé, c’est accepter que nous ne partons pas que par choix personnel, nous ne sommes pas seul ! La mission ne peut se vivre seul car elle est échange. Si l’on se réfère à l’évangile, Jésus a envoyé les disciples deux par deux, pour qu’ils échangent, partagent leurs découvertes.

 

Etre missionnaire c’est rendre témoignage ?

L’Eglise dit au missionnaire : je t’envoie car ce que tu vas vivre est important pour nous. Vis pleinement ta mission car elle est utile pour l’Eglise de France. Tu seras source de respiration, d’ouverture de notre Eglise. Le mot catholique ne doit pas rester abstrait. Recevoir, s’enrichir, découvrir une autre façon de vivre sa foi, d’être chrétien, tel est la première mission confiée.

 

On peut témoigner sans être envoyé !

Oui mais là, cela dépasse la simple envie, c’est une responsabilité à laquelle on ne peut se dérober. De toute manière, le missionnaire laïc ou non sera accueilli dans une société religieuse, où il sera perçu comme chrétien. La croyance est une évidence : le volontaire doit donc se préparer à ce changement culturel.

 

Peut-il garder alors une part de liberté ?

Etre libre et engagé, voilà le défi ! Le volontaire n’est pas appelé à défendre une doctrine ou une institution. Un missionnaire est avant tout un chrétien, c'est-à-dire une personne qui vit de l’Evangile. Le volontaire doit accepter cette référence : l’Evangile. Parole mais aussi gestes. Il est donc invité à dire une parole, à poser des gestes, adopter une attitude face à certaines situations (corruption, attention au plus pauvre…) la mission n’est pas un carcan, un poids sur les épaules, elle peut être une chance.

 

Et si on ne connaît pas l’Evangile ?

Se laisser toucher… par la fraternité, la convivialité, la vigueur de la foi, l’espérance. Et ne pas juger les croyances de l’Autre. Mais cela vaut aussi pour les catholiques, confronté à une autre liturgie. Etre soi-même sans choquer. A la base de tout cela, il y a la confiance, entre celui qui accueille et celui qui vient.

 

Celui qui accueille, qu’attend-il ?

Au-delà des compétences, le partenaire attend un témoin. Une évidence. L’Eglise du Sud s’interroge sur l’articulation entre modernité et foi. Confrontées aux bouleversements de ce monde, aux changements de société, les Eglises du Sud opposent parfois ces deux notions. Témoigner qu’on peut être croyant dans une société moderne. Si il ne devait rester que cela de notre passage, quelle belle évangélisation.

 

Le mot est lâché.

On ne convertit pas. Seul Dieu convertit. Mais lorsqu’une parole nous fait vivre, on ne peut pas la garder pour soi. Je pense à cette parole de Bernadette à l’évêque de son diocèse : « La dame m’a dit de vous le dire, elle ne m’a pas dit de vous le faire croire ». Tout est dit dans cette phrase. Respecter l’intégrité intellectuelle et morale de l’autre, le voir comme son égal. Dans la rencontre, Dieu se rend présent. Là où il y a échange, l’esprit est à l’œuvre.